Malheureusement de nombreux sites ont titré sur l’appel de Tim Berners-Lee à l’adoption d’un « charte de l’internet », à commencer par le Framablog qui pourtant traduit l’article de The Guardian qui retransmet cet appel. Pour bien comprendre la portée de son appel, il faut lire plus loin la traduction du titre de cet article du Guardian : Une Magna Carta en ligne : Berners-Lee en appelle à une déclaration des droits pour le web. Pas une charte, qui en droit français n’a pas ou peu de valeur juridique (pensez aux chartes d’Internet édictées par les chefs d’entreprise), mais une Magna Carta (c’est un britannique), soit une déclaration des droits, un texte de valeur constitutionnelle au sommet de la hiérarchie des normes. Dans un État de droit, ces normes s’imposent au législateur et garantissent des droits aux citoyens qui peuvent les invoquer directement en justice.

Pour être efficaces de tels instruments juridiques doivent êtres adoptés au niveau national, régional et interétatique, et leurs principes doivent irriguer l’esprit public avec une prise de conscience collective.

Je ne citerai pas les craintes, analyses, espoirs et recommandations de Tim Berners-Lee dans la traduction de l’article du Guardian qui mérite d’être lu en entier, ni ceux qu’il développe dans une interview du Monde à lire également, mais je vais quand même citer un extrait du message de Tim Berners-Lee en français – que vous pouvez quand même lire entier – sur Webat25.org (accompagné de nombreux souhaits de bon anniversaire de personnalités). :

Nous savons qu’il nous reste du travail à faire afin de permettre au Web de réaliser le maximum de son potentiel. Il nous incombe de continuer à défendre ses principes fondamentaux et faire face à ses challenges. A savoir :

  • Connecter les deux-tiers de la population mondiale qui ne sont pas encore connectés ;
  • Établir ses droits de collecter et utiliser nos données personnelles, ces conditions et ces règlements ;
  • Créer une architecture ouverte et performante, pouvant être déployée sur tout terminal, à la place d’alternatives propriétaires.

Les souhaits d’anniversaire de Mozilliens

Tristan Nitot, évangéliste principal chez Mozilla, sous une photo où il pose avec Tim Berners-Lee, évoque ce qui rapproche les vues de ce dernier et les actions de Mozilla.

La présidente de la fondation Mozilla, Mitchell Baker, sur le blog officiel de Mozilla et sur son blog personnel, célèbre 25 ans de potentiel humain :

Le Web nous montre la créativité, l’ingéniosité et la diversité de l’humanité. Le Web permet à chacun d’entre nous d’expérimenter de nouvelles idées et de les offrir au monde, sans avoir besoin de demander la permission des puissants. Le rythme rapide de l’innovation nous montre ce dont l’humanité est capable quand des outils puissants sont mis à disposition de la même façon pour nous tous.

Mozilla considère que l’ensemble du potentiel humain doit être représenté sur le Web. Nous pensons que la puissance du Web est une ressource publique mondiale, ouverte et accessible à tous. Nous persévérerons dans l’édification de cette partie du Web et de la vie en ligne.

Brendan Eich, CTO de Mozilla et SVP de l’ingénierie, sur son blog personnel, voit les 25 prochaines années avec de grands changements comme des ordinateurs à l’intérieur de nous surveillant nos fonctions vitales mais aussi avec des choses qui resteront inchangées (selon lui, pas de voiture volante :( ). L’informatique sera ainsi plus personnelle et plus intime qu’à l’ère du PC :

Dans un tel un monde, les systèmes ouverts construits sur des standards ouverts et sur l’open source sont encore plus importants, pour toutes ces raisons :

  • interopérabilité entre les implémentations ;
  • liberté de migrer entre les systèmes des différents éditeurs ;
  • capacité de mélanger et d’assortir, faire des liens hypertextes/transclude, copier-apprendre-et-hacker et monitorer/auditer contre les erreurs, les malwares et la surveillance.

Mark Surman, directeur exécutif de la fondation Mozilla, proclame son amour pour le world wide web et veut qu’il reste libre.

Les Mozilliens et en particulier Mark pointent vers la campagne Web We Want, coordonnée par la World Wide Web Foundation, qui sur sa page d’accueil mentionne une action de Mozilla :

Aidez à tisser la toile que nous voulons avec le patchwork numérique de Mozilla

Exprimez-vous sur le Web que vous voulez et créez un morceau du Web en même temps en participant au patchwork interactif de Mozilla WebWeWant. À la fin de l’année d’action, le patchwork numérique tissera ensemble les idées et photos de milliers de personnes de par le monde. Vous pouvez également l’utiliser avec les outils et programmes d’études libres et gratuits WebMaker de Mozilla comme base d’un projet éducatif dans les écoles, les bibliothèques ou les centres communautaires.

Les principes que défend cette campagne méritent d’être mentionnés :

Le campagne Web We Want soutiendra des campagnes nationales et régionales pour créer un monde où tout le monde, partout, est en ligne et en mesure de participer à une libre circulation des connaissances, des idées, de la collaboration et de la créativité sur le Web ouvert. Nous nous sommes unis en faveur des principes suivants :

  • Un accès abordable à une plateforme de communication accessible à tous ;
  • La protection des renseignements personnels de l’utilisateur et le droit de communiquer en privé ;
  • La liberté d’expression en ligne et hors ligne ;
  • Une infrastructure diversifiée, décentralisée et ouverte ;
  • Des réseaux neutres qui ne discriminent ni contenu ni utilisateurs.

Mais ce ne sont pas les 25 ans d’Internet

Nombreux sont les articles à rappeler qu’il ne faut pas confondre Web et Internet. Ainsi, Le Monde compile quelques réactions dont :

Ne confondez plus Internet et Web !, rappelle Moket.fr qui pointe les différences sémantiques entre Internet, Web, Toile et Net à qui voudrait octroyer à tort la paternité d’Internet à M. Berners-Lee. Le World Wide Web, le fameux www, n’est qu’un des usages d’Internet au même titre que le courrier électronique ou le transfert de fichier de ou vers un serveur. La date de naissance conventionnelle d’Internet est fixée au 7 avril 1969, avec le premier lien ArpaNet établi entre réseaux interconnectés, soit vingt ans avant le premier « wouawouawoua » du premier site Web que l’on doit à M. Berners-Lee, Info.cern.ch.

Pour finir sur un sourire, signalons les dessins d’humour Geektionnerd qui abordent aussi cette confusion commune entre le vénérable Internet et le fringuant Web.

Sources et références

Sites centraux

  • Web at 25 : Celebrating the 25th Anniversary of the Invention of the Web
  • Web We Want : Celebrating the free, open, universal Web

Presse en ligne

Mozilliens